A propos de la question de la langue et la
culture catalanes
(Voici les thèmes qui seront développés
afin d’ouvrir un débat sur cette question)
1- Considérations générales sur l’identité et
les langues régionales de France
2- Situation de l’usage de la langue catalane
en Catalogne du Nord
3- Enseignement de la langue catalane
(Primaire, secondaire et supérieur)
4- Médias (Radio, TV, presse écrite,
internet)
5- Economie, Eurorégion et Eurodistrict :
http://www.euroregio.eu/ve_mapping.html
6- Culture moderne et patrimoine
catalan.
-Sí al català : "La veu de
França en el món ha de ser la d’un país unit amb la força de la seva diversitat. Les cultures regionals són doncs importants i em comprometo a contribuir a llur desenvolupament. Això passa per
la peremnitat de les llengües regionals que han de ser reconegudes dins l’ensenyament.
És encara més cert pel català,
que és una llengua internacional, adossada a un dels territoris més dinàmics d'Europa: Barcelona i Catalunya. Vet aquí perquè, he anunciat a Rennes, el 20 de gener passat, que, si fos elegida,
prendria les mesures necessàries per a ratificar la Carta europea de les cultures i les llengües regionals."
Ségolène Royal - 7 d’avril de 2007
1- Considérations générales sur l’identité et les langues régionales
de France
G. Puig-Moreno, Avril 2007
L’irruption, en cette période d’élections présidentielles, de la question de l’identité
de la France en a surpris plus d’un. Cependant, une fois énergiquement dénoncé l’amalgame typiquement sarkozien entre identité et immigration, on ne pouvait pas laisser de côté cette question
dans un monde chaque fois plus confus et dans lequel tous les repères s’estompent. On ne pouvait pas laisser la question de l’identité de la France à la droite extrème.
De mon côté, je n’imaginais pas qu’il me faudrait revenir un jour sur le concept
complexe d’identité qui renvoie à des situations d’intégration sur lesquelles j’avais travaillé il y a une douzaine d’années (1). A l’époque, je m’étais finalement rangé du côté de l’historien
lorrain Fernand Braudel, spécialiste de la Méditerranée qui, dans son dernier ouvrage inachevé, réfléchissait sur L’identité de la France. Une
identité pour lui toujours différente, toujours en construction depuis le fond des âges, toujours contradictoire, plurielle et dynamique. J’en avais conclu que nous étions nous-mêmes porteurs de
plusieurs identités, n’en déplaise aux nostalgiques du nationalisme pur et dur.
Ainsi, les Catalans et tous ceux qui vivent des situations de pluralisme culturel et de
contact multilingue, doivent combiner au moins deux identités, et tâcher de les rendre compatibles et positives afin qu’elles ne soient pas vécues comme contradictoires ou schizophréniques.
Double identité donc, mais à des titres différents et pour des fonctions communicatives et identitaires différentes. L’une plus générale, nationale et sociologique, l’autre plus spécifique,
familière et profonde. Toutes deux symboliques mais renvoyant à des histoires et à des cultures différentes que l’on a eu tort d’opposer et qu’il nous correspond, à nous socialistes européens, de
réconcilier, d’expliquer et de rendre compatibles.
C’est tout le sens de la Charte Européenne des
Langues Régionales et Minoritaires; rappelons que c’est une initiative des socialistes français et européens que les différents gouvernements de droite (RPR-UDF et UMP) ont bloquée,
repoussée à plusieurs reprises et rendue irréalisable en raison de l’article 2 de la Constitution introduit par la Loi Toubon d’août 1994. Comme l’écrit Alain Renaut (2000), professeur de philosophie morale et politique de l’Université de Paris-Sorbonne (Paris -IV).
«…Au fond, refuser de signer la Charte équivaut, sur ce point concret et très significatif, à mettre la République Française en
marge de l’Union européenne. Elle a choisi la voie ethniciste qui fait de la France le seul pays à imposer une langue officielle unique dans sa Constitution, sans faire référence au statut des
ses propres langues historiques, implantées sur son territoire».
C’est contre toute vision
exclusive d’une identité monolithique et immanente qu’il faut se dresser, tout simplement parce que c’est contraire au bon sens, au respect de l’autre, au
pluralisme et à la démocratie. Pour éclairer les grandes lignes de la politique à suivre, en matière de langues régionales de France, il suffit pour
commencer de se référer et de reprendre les travaux des spécialistes de gauche en l’état où ils sont malheureusement restés depuis 2001. Rappelons que, dès avril 1998, Lionel Jospin chargeait le député européen du Finistère Bernard Poignant de rédiger un rapport sur
les langues et cultures régionales avec les
recommandations suivantes :
"Les langues régionales sont une richesse de notre patrimoine culturel. J’ai tenu à affirmer cette conviction
récemment devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Le temps est, en effet, révolu où l’Etat pouvait considérer que l’enseignement de ces langues était de nature à menacer l’unité
nationale. Si, comme le prescrit aujourd’hui notre Constitution, "la langue de la République est le français", il reste encore à donner à l’enseignement des langues régionales toute la place qui
doit être la sienne.
La situation de l’enseignement de ces langues est sans doute mal connue, contrastée suivant les régions
et insuffisamment mise en valeur en dépit de la politique volontariste menée au cours de ces dernières années (...) Je souhaite en conséquence que
vous dressiez un état des lieux avec ses points forts et ses points faibles. A partir de ce bilan, il vous appartiendra de formuler toute proposition permettant d’assurer le développement
harmonieux et concerté de l’enseignement de ces langues, tout en tenant compte des impératifs budgétaires.
Par ailleurs, votre réflexion ne
devra négliger ni les aspects institutionnels, ni les aspects culturels de la question (...) afin de mieux assurer leur diffusion hors du domaine de l’enseignement. L’état des lieux concerne les
quatre chapitres suivants:
· La situation des langues et
cultures régionales,
· Les aspects institutionnels
les concernant,
· L’enseignement et la
formation,
· La culture, les médias, la
création, la diffusion.
Bernard Poignant concluait quant
à lui son rapport avec les lignes suivantes:
“Plus la planète sera un
village, plus l’information du monde arrivera chez soi, plus la circulation des images se démultipliera, plus chacun d’entre nous aura besoin de repères proches. Ceux-ci resteront nationaux. Ils
seront aussi locaux et régionaux. Nous appartiendrons à toutes les strates de notre vie : local, national, européen, mondial. Il vaut mieux maîtriser cette évolution que de la subir. Il vaut
mieux anticiper de façon positive que suivre à reculons. Il y va de la prise en compte de l’attente de nos concitoyens comme du rayonnement de la France à l’étranger. La place faite aux langues
et cultures régionales doit illustrer, accompagner et soutenir les grands choix vers lesquels le pays s’est engagé ou a commencé à le faire :
· Le choix européen : Notre exception
culturelle en Europe ne doit pas signifier l’exclusion de notre diversité linguistique et culturelle en France. C’est pour cela que la position à l’égard de la charte européenne des langues
régionales ou minoritaires est importante. C’est pour cela que le gouvernement doit faire le choix de sa signature et prendre le chemin de sa ratification.
· Le choix girondin : La reconnaissance
des langues et cultures régionales est en quelque sorte un prolongement logique de la décentralisation. Celle-ci n’est pas un mouvement terminé. Ce choix n’est pas contradictoire avec
l’affirmation de l’importance de l’Etat. Le besoin d’Etat est essentiel mais sa forme concentrée est paralysante. La République est notre forme de vie en commun mais sa forme jacobine a épuisé
ses effets. La France est notre nation et sa capitale n’est pas toute sa réalité.
· Le choix de la Francophonie: la langue
française a besoin d’être développée à l’étranger. Elle est notre langue commune. Son rayonnement à l’extérieur comme langue étrangère, sa défense comme langue minoritaire seront d’autant plus
convaincants que la place des langues de France sera affirmée. Nous sommes un pays qui connaît une grande diversité de langues parlées, qu’elles soient historiques ou issues de mouvements
migratoires. C’est pour cela que la langue française est primordiale, c’est pour cela qu’il faut avoir une politique suivie et cohérente pour les autres.
· Le choix du multilinguisme. Connaître
ou apprendre deux, trois, quatre langues est sans doute l’horizon de la jeunesse pour le XXIe siècle. C’est une bonne chose pour l’échange entre les hommes, pour la vie professionnelle ou
simplement touristique, pour la compréhension entre les peuples et leur respect réciproque. La langue française, la langue régionale, dès le plus jeune âge, ne sont pas des handicaps pour
apprendre une langue étrangère. Certains disent que la troisième langue est toujours plus facile à aborder. Un tel choix constitue un enrichissement pour le pays tout entier et un épanouissement
pour tous ceux qui s’y engagent.
Après l’analyse, l’état des
lieux, les propositions, ce sont les dernières raisons qui plaident en faveur d’une politique positive pour les langues et cultures régionales”.
Will Kymlicka (2000), philosophe de
l’université Queens de Kingston, au Canada, qui est l’un des spécialistes les plus renommés dans ce domaine, met l’accent sur l’évolution majeure du débat au cours de ces quinze dernières années,
sur la question de la défense du droit des minorités et au pluralisme culturel : ce n’est désormais plus, selon lui, le domaine réservé des spécialistes mais aussi la responsabilité de la
société et de l’État démocratique.
Il s’agit, selon lui, d’un progrès considérable dans deux directions. En premier lieu, on a maintenant dépassé une vision stéréotypée des groupes minoritaires et l’on connaît
exactement les demandes des communautés historiques ou ethniques qui souhaitent être reconnues, respectées, trouver leur place et s’intégrer dans le cadre de l’État démocratique. On peut à
l’heure actuelle réinterpréter les exigences des minorités et éviter de n’y voir que des attitudes défensives opposées à l’État démocratique, mais des efforts considérables qui tendent à
identifier et à exiger les valeurs de respect, de liberté et d’égalité en vue de la défense de la langue, de la culture et de l’identité. On doit d’autre part abandonner la conception archaïque
et naïve selon laquelle l’État serait culturellement neutre. On doit comprendre la complexité de l’État comme une construction et un processus institutionnel perfectibles auquel nul principe
national ne peut contrevenir. À partir d’une telle conception, nous pouvons considérer que les exigences des minorités ne tendent pas à l’obtention de privilèges particuliers, mais qu’ils
réclament une rectification des politiques négatives de l’État qui ont causé des dommages historiques, parfois irréparables, à l’égard des langues et cultures régionales ou ethniques. Le noyau du
débat tourne autour de la nouvelle conception de l’État et du développement de la théorie démocratique pour ce qui est du respect et de l’obtention des droits de ses minorités.
En application de ces grands principes, on
constate que l’État espagnol fait des efforts pour moderniser son modèle fédéral des “autonomies” en vue de renforcer le pluralisme linguistique et culturel. En revanche, l’État français apparaît
de plus en plus comme l’un des États les plus récalcitrants d’Europe, ne voulant ou ne pouvant pas résoudre la question juridique et le respect de ses propres langues et cultures ”régionales”. La
situation politique se trouve actuellement paralysée en raison d’un blocage constitutionnel provenant d’une conception républicaine crispée, archaïque et ethnocentrée, et cela en dépit des
orientations exigées à cet égard aux nouveaux pays membres par l’Union Européenne.